La Bavière ferme la moitié de ses stockages de gaz

Voir le post et ses commentaires sur LinkedIn · publié le 26 octobre 2026 · tous les posts

La Bavière ferme la moitié de ses stockages de gaz
Carte de l'Allemagne et de l'Autriche. Les stockages souterrains de gaz sont des bulles dont la surface est proportionnelle au gaz utile (TWh, août 2026) : Etzel 46, Rehden 36, Epe 36, Bernburg 29, Jemgum 25 dans le nord ; la Bavière 32, dont 15,6 TWh ferment le 1er avril 2027 (Breitbrunn et Wolfersberg) ; juste de l'autre côté de la frontière autrichienne, Haidach et 7Fields, 59 TWh, raccordés au réseau bavarois ; Puchkirchen 13 et Schönkirchen 27 en Autriche. Total : Allemagne 249 TWh, Autriche 100 TWh. Les principaux gazoducs de transport relient le nord et le sud par trois axes : la vallée du Rhin à l'ouest, la Hesse au centre, OPAL puis Gazelle par la Tchéquie à l'est, jusqu'à la MEGAL en Bavière. Le Tyrol et le Vorarlberg ne reçoivent leur gaz que par l'Allemagne.

Le post est parti en carrousel de deux pages : la carte ci-dessus, puis la consommation de gaz 2025 et 2030 (Allemagne hors Bavière 745 puis 638 TWh, Bavière 119 puis 102, Autriche 82 puis 78 ; total 946 puis 818, −14 %). La Bavière 2025 est une estimation de bilan (IE Leipzig pour le ministère bavarois) ; pour 2030, aucune projection bavaroise n’est publiée et le taux allemand est appliqué. Les projections 2030 sont celles « avec les mesures existantes » : UBA pour l’Allemagne, Umweltbundesamt autrichien (WEM 2025) pour l’Autriche, qui ne baisse presque pas ; avec des mesures supplémentaires (WAM), l’Autriche serait à 56 TWh. Sur la carte, les tracés de gazoducs sont schématiques (segments droits de SciGRID_gas, élagués à la structure).

Le texte du post

Le 1er avril 2027, la Bavière perdra la moitié de ses stockages de gaz : 15,6 TWh, et ce n’est pas un poisson d’avril. Cela suscite quelques discussions, auxquelles il va falloir s’habituer, puisque l’avenir du gaz est de fermer une partie significative de ses infrastructures. Regardons tout cela en détail.

Uniper et bayernugs ont demandé l’arrêt de deux anciens gisements de Bavière, utilisés comme stockage saisonnier : Breitbrunn et Wolfersberg. Pour l’hiver qui vient, Uniper n’a vendu que 5,3 des 11,4 TWh de Breitbrunn. Ce n’est pas une décision politique : plus personne ne paie pour les remplir, mais l’État allemand est actionnaire à 99 % d’Uniper qui pousse cette fermeture, et Munich s’y oppose. Le ministère bavarois de l’Économie a payé une étude au bureau d’ingénierie ILF, présentée à Vienne la semaine dernière (j’y étais !). Pour trouver un problème, elle empile l’hiver 1995-1996, le plus froid de sa série, l’absence des stockages autrichiens et 25 GW de centrales à gaz en plus.

La peur n’est pas infondée pour autant. La Bavière ne manquera pas de gaz stocké, elle manquera peut-être de débit un jour de grand froid, et elle dépendra de stockages autrichiens sans contrat qui le garantisse. Les deux sites assurent un tiers du soutirage bavarois. Les stockages de Haidach et 7Fields, en Autriche, compensent en volume, mais l’accord germano-autrichien sur leur usage en crise a expiré fin 2025. Et le Tyrol et le Vorarlberg ne reçoivent leur gaz que par l’Allemagne : chacun dépend des infrastructures de l’autre.

Uniper a-t-il intérêt à fermer ? Il détient environ 27 % du stockage du marché allemand : moins d’offre rend le reste plus cher. Mais il est dans son droit, et les tendances vont dans son sens. L’écart de prix été-hiver qui faisait vivre les stockages (+0,5 à +5 €/MWh de 2014 à 2020) est faible ou négatif depuis 2022, et les contrats à terme ne le paient pas avant 2029. En plus, l’offre mondiale de GNL doit croître de plus de 100 milliards de m³ d’ici 2027, même si la crise d’Ormuz la retarde : une cargaison achetée en janvier fait concurrence au gaz stocké en juillet. Surtout, l’Allemagne a consommé 1 029 TWh de gaz en 2021 et 864 en 2025, et les projections officielles en retirent encore 14 % d’ici 2030.

Fermer des stockages va dans le sens de l’histoire. Reste à savoir qui paie l’assurance d’ici là : Berlin propose une réserve d’État de 24 TWh, financée par une taxe dès octobre 2027.

Sources : Bundesnetzagentur, Landtag de Bavière, GIE (août 2026), ILF pour le StMWi (mai 2026), Uniper (rapport 2025), OIES, Frontier Economics pour le BMWE, UBA.

Sources

Données

  • donnees_stockages_gaz_gie_2026-08.csv — Gaz utile par site de stockage (TWh PCS), GIE août 2026, regroupé par site géographique, avec coordonnées et catégorie de la carte. Un pool de SEFE de 8,9 TWh, non localisé, n’est pas sur la carte mais compte dans le total allemand.
  • donnees_conso_gaz_2025_2030.csv — Consommation de gaz 2025 et 2030 (TWh PCS) : Allemagne hors Bavière, Bavière, Autriche (projection WEM), Autriche avec mesures supplémentaires (WAM). Conversions et hypothèses dans sources.md.

Code

Pour refaire la figure :

python3 prepare_donnees.py         # GIE, SciGRID_gas, Eurostat -> tables et réseau élagué
python3 plot_carrousel.py          # le carrousel du post, deux pages, les deux langues

Le réseau de la carte est élagué par le graphe : tubes de 1 000 mm et plus, nœuds à moins de 20 km fusionnés, raccords de 900 mm seulement s’ils comblent un trou, éperons de moins de 120 km coupés. Gazelle est redessinée à travers la Bohême, SciGRID la traçant en ligne droite.

Tous les fichiers de ce post (figures, données, scripts) sont dans le dossier 2026-10-26-fermeture-stockages-gaz-baviere du dépôt public.

Code sous licence MIT ; textes et figures sous CC BY 4.0 ; les données restent sous la licence de leur producteur.