Le véhicule électrique retire du pétrole, le plastique en remet : lequel gagne ?

Voir le post et ses commentaires sur LinkedIn · publié le 27 octobre 2026 · tous les posts

Le véhicule électrique retire du pétrole, le plastique en remet : lequel gagne ?
Demande mondiale de pétrole, 2024 → 2030, en millions de barils par jour. Chaque poste hors route est prolongé à son taux observé 2014-2024 ; la demande routière est tenue constante ; on retire le déplacement par les véhicules électriques de l'AIE (5 Mb/j). Le solde est de −0,34 Mb/j sur 101 : 0,3 %. Sources : Energy Institute, Statistical Review 2025 ; AIE, Global EV Outlook 2026. Millésime : septembre 2026.

Le « + 2,86 » est un prolongement du rythme 2014-2024, pas une prévision. Le « déplacement » de l’AIE est un contrefactuel (kilomètres électriques au litre d’une thermique) : il ne voit pas les thermiques qui sortent du parc, effet qui rapproche le pic et n’est pas dans la figure.

Le texte du post

Pic ou pas pic ? Aujourd’hui le pétrole nous semble rare et certains vont même jusqu’à parler à nouveau d’exploitation pétrolière sur le sol français. Mais c’est pourtant bien une baisse de la consommation qui s’annonce, et elle n’est pas vraiment due à la raréfaction de la ressource. Le premier facteur, c’est le véhicule électrique. Pourtant tout n’est pas gagné, car l’industrie pétrolière a déjà trouvé depuis longtemps sa planche de salut, ou tout du moins, de quoi lisser sa décroissance annoncée : le plastique.

D’ici 2030, l’AIE attend que les voitures électriques du monde retirent 5 millions de barils par jour. Mais si la pétrochimie continue au rythme des dix dernières années, + 2,1 % par an, elle en remet près de 3. Avec le bitume, les lubrifiants et l’aviation, la hausse hors route atteint 4,7. Sur 101 millions de barils par jour, le pic de 2030 tient à 0,3 %. Un quart de point de croissance pétrochimique en plus, et il n’y a plus de pic.

Ce n’est pas nouveau. Entre 2014 et 2024, la demande mondiale de pétrole a crû de 10 millions de barils par jour. La pétrochimie en porte 41 %, la route 35 %. Depuis dix ans, ce n’est plus la voiture qui tire le pétrole.

En Chine, le croisement a déjà eu lieu. L’essence et le gazole baissent depuis 2023, grâce aux voitures électriques. Pourtant, en 2024, la Chine a consommé plus de pétrole : ses charges pétrochimiques ont augmenté de 5 %. Entre 2019 et 2024, elle a ajouté autant de capacité d’éthylène et de propylène que l’Europe, le Japon et la Corée réunis. Ce que la voiture électrique a retiré à la pompe, le vapocraqueur l’a repris.

Une réserve. Le « déplacement » de l’AIE modélise assez bien la croissance du parc électrique, mais moins la décroissance du thermique, alors que c’est un élément clé. Le parc thermique chinois a cessé de croître en 2025, c’était mon post de septembre.

Il reste que réduire le plastique est devenu une question de pétrole. L’Europe est une figure de proue dans le monde en la matière. Ses ambitions sont parfois un peu fortes et l’on peut se demander si le recyclage chimique n’était pas une manière de faire rentrer à nouveau les pétroliers par la petite porte, mais sur la réduction, beaucoup a été fait. Mais beaucoup reste à faire.

C’est le fil de la série de onze vidéos courtes que je termine cette semaine sur le plastique : d’où il vient, ce qu’il contient, où il finit, et les trois R, réduire, recycler, défossiliser ce qui reste. La huitième, « Réduire », reprend exactement ce calcul.

Sources, calcul reproductible et liens vers les vidéos en commentaire.

Deux taux à ne pas confondre

  • La production de plastique croît d’environ 3,6 % par an en tonnes (OCDE, 2000-2019). Le poste pétrolier qui la nourrit, éthane, GPL et naphta, ne croît que de 2,07 % par an : une part croissante des charges vient du gaz, pas du baril. Le calcul prend le poste pétrolier.

Sources

Données

  • donnees_regions_petrochimie_route_kbj.csv — Demande de pétrole par région (Chine, UE, Europe, États-Unis, Inde, Japon, Asie-Pacifique, Moyen-Orient, monde), 1965-2024, milliers de barils par jour : pétrochimie (naphta + éthane/GPL), route (essence + gazole), kérosène, total (Energy Institute 2025, feuille « Oil - Regional Consumption »).
  • donnees_owid_production_plastique.csv — Production mondiale de plastique 1950-2019, tonnes (Our World in Data d’après Geyer et al. 2017 et OCDE 2022).
  • donnees_petrole_par_produit_kbj.csv — Demande mondiale de pétrole par produit raffiné, 1980-2024, en milliers de barils par jour (Energy Institute 2025, région Monde) : éthane/GPL, naphta, essence, kérosène, gazole, fioul lourd, autres, total.

Code

Le script calcul_bilan_2030.py produit la figure à lui seul.

Pour refaire la figure :

python3 calcul_bilan_2030.py       # le bilan 2024 → 2030, le seuil de bascule et les sensibilités
python3 plot_carrousel.py          # les trois pages du carrousel, FR et EN, PNG et PDF

Aucune modélisation : deux séries publiées et une règle de trois. La figure se refait avec plot_cascade_2030.py dans Enseignement/Thematic_analysis/Ressources_fossiles/Pic_petrolier/.

Tous les fichiers de ce post (figures, données, scripts) sont dans le dossier 2026-10-27-plastique-contre-vehicule-electrique du dépôt public.

Code sous licence MIT ; textes et figures sous CC BY 4.0 ; les données restent sous la licence de leur producteur.